Un an à Dieppe, Nouveau Brunswick

vendredi 11 novembre 2011


Parler Acadien


Cela fait maintenant un mois et demi que je côtoie les acadiens, et le français que l’on parle ici. Le français acadien est, avec le français québécois, l’une des deux variétés d’origines du français canadien. Il est parlé dans les provinces de l’est du Canada. (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, Iles du Prince Edouard principalement)
Ces deux variétés de français diffèrent par leur accent, je dirai leur musicalité, mais aussi par leur vocabulaire. Une grande partie du vocabulaire acadien est d’origine poitevine saintongeaise (émigration du 17e s), alors que plus de la moitié des colons du Québec provenaient de provinces situées au nord de la Loire. C’est ce qui apporte une différence de base dans ces deux parlers. Les acadiens ont également  moins de réticences que les québécois à utiliser du vocabulaire anglophone. Ainsi, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, le chiac est le parler de la nouvelle génération acadienne. Le chiac est le résultat de nombreux contacts avec la communauté anglophone, dans le milieu urbain de Moncton. Il se caractérise par le mélange de l’acadien et de l’anglais.
Voici quelques exemples de petits mots ou expressions que j’ai déjà entendus depuis que je suis arrivée. (Peut-être sont-ils utilisés autant au Québec qu’en Acadie !)
Depuis que je suis icitte (ici), je me lève comme à  6h30 à tous les matins. J’enfile mes bobettes (ma petite culotte) et mon chandail (tee-shirt), et comme le soleil brille, je mets mes gougounes (mes tongs). J’arrive à l’école avec mon sac sous le bras (pas mon cartable !) et je dis bonjour à tout le monde. Chaque collègue me répond « hallo » avec un grand sourire, mais pas de becs (bises) comme en France. So (alors) je demande : « ça va bien ce matin ? », « pas pire » me répond-on, aussite je suppose que ça va bien. Je m’installe dans ma classe, je sors mon cartable (mon classeur !) de mon sac et mon ordinateur qui a un clavier qwerty. Je dois dire que je suis niaiseuse (ignorante) avec ce clavier !
Les  amis (les élèves) arrivent : « Madame Véronique, j’che peux-tu aller à la toilette (aux WC), j’ai mal à la bedaine ? (au ventre) »
-« Allez les amis, vous allez me raconter ce que vous avez fait pendant cette fin de semaine (Week-end) et tantôt (tout à l’heure), on jouera aux devinettes ».
 So les garçons ont joué au soccer bien-sûr (au football, parce qu’ici, si on parle de football, c’est du football américain !) et les filles ont joué avec des catins !! (Des poupées, tout simplement).
-«Passons aux devinettes ; il faut poser des questions pour savoir quelle personne tu es.
- J’chui-tu famous ? (est-ce que je suis célèbre ?) 
- Oui, tu es célèbre.
- Justin Bieber !
- Bravo, tu es capable (tu y arrives). »
C’est l’heure de la récréation, il fait beau, alors pas besoin de mettre ses mitaines (ses moufles), ni sa tuque (son bonnet), on peut aller sur la glissoire (le toboggan) avec ses espadrilles (ses baskets). Mais quand l’hiver sera là, il faudra être vaillante (courageuse), car les collègues me parlent de -30°, j’espère que mon chum (amoureux) sera là pour voir çà !

Ma rentrée scolaire à Dieppe, au Canada (Nouveau-Brunswick).
J’ai laissé cette année ma classe de CE1-CE2, à Grèges, à ma collègue canadienne Martine Cadieux, et je me suis exilée pour une année scolaire à Dieppe, au Nouveau-Brunswick, en territoire Acadien. Ici, j’enseigne depuis quelques jours à 13 petits bambins âgés de 5 ans. Pour eux comme pour moi, c’est une première ! Je n’ai jamais enseigné dans une classe de maternelle en France, encore moins au Canada. Et eux ne sont jamais allés à l’école, et n’ont bien sûr pas eu d’enseignante française.
L’école maternelle au canada.
En effet, ici, l’école commence à 5 ans. Il n’y a qu’une année de maternelle. Ensuite, les enfants passent en première année, ce qui correspond pour la France au cours préparatoire. Avant cette année de maternelle, certains restent à la maison, d’autres vont chez une gardienne (une nourrice), d’autres encore vont dans des garderies payantes (110 à 120€ par semaine, repas compris).
Un programme spécifique.
Les 13 petits « amis » de ma classe à l’école Amirault, ainsi que 12 autres enfants qui sont dans la classe de ma collègue canadienne Suzanne Robichaud, vont suivre cette année un programme particulier, qui est un mélange du programme scolaire du Nouveau-Brunswick et du programme français. A terme, le ministère du NB souhaite que les élèves qui auront pu suivre ce programme sur plusieurs années passent le baccalauréat français.
Un monde à découvrir.
Après deux mois de préparatifs en France pour organiser mon voyage et mon séjour au Canada, j’ai commencé mon année scolaire à l’école Amirault  lundi 29 août. Une semaine de réunions diverses et de travail dans ma classe, qui était vide à mon arrivée. La première découverte pour moi, c’est la taille de l’école (nous n’avons que 3 classes à Grèges, c’est une petite famille !), et l’importance de l’équipe éducative. Nous sommes ici 16 enseignantes, titulaires de classe. Mais en fait, plus de 40 personnes travaillent auprès des enfants. Il y a des enseignantes spécialisées pour l’éducation physique, la musique, l’apprentissage de la langue, des assistantes d’éducation, une bibliothécaire…Me voilà dans une très grande famille 

L’autre grande découverte dans le système éducatif, c’est le calendrier scolaire. Les enfants de maternelle ont classe 5 jours sur 7, de 8h15 à 13h45 (12h45 le mercredi) ; plus les enfants grandissent, plus ils finissent tard (16h10 pour un enfant de 3ème). Par contre, il y a beaucoup moins de vacances qu’en France. Deux semaines à Noël, une semaine en mars. Voilà qui me parait bien peu !